LA FRAISE

Le fruit

La fraise est un faux fruit issu du grossissement du réceptacle après fécondation des ovules de la fleur du fraisier.

Les pétales et les étamines tombent progressivement et au centre du réceptacle, le synophore gonfle. Il devient charnu, sucré, succulent, rosé ou rose : c’est la fraise.

Les fruits sont en réalité les grains durs, nommés akènes, qui parsèment l’enveloppe charnue de ce faux fruit.

Développement des fraises


1 - Le début du
développement des
stolons est visible.


2 - Apparition de la
première jeune plante
(plante fille).


3 - La première jeune
plante est développée
et prête pour la plantation.


4 - La première feuille
est étalée.


5 - Apparition des
premières ébauches
florales au centre de la
rosette.


6 - Début du stade
ballon : les premières
fleurs forment avec
leurs pétales un ballon
creux.


7 - Les premières fleurs
sont ouvertes.


8 - La floraison s’achève
le réceptacle se gonfle.


9 - Les graines
apparaissent clairement
sur le réceptacle : stade
fruit vert.


10 - Les fruits
rougissent, c’est la
maturation.

separateur

HISTOIRE DE LA FRAISE

fraisier

Bibliograhie
J. de Cuba, 1491 : Jardin de santé : herbes, arbres et choses qui de iceuly coqueurent et cinviennet alusage de medecine- traduction de latin en françois, Hortus sanitatis / A-N Duchesne, 1764 : Manuel de botanique / M. Pitrat et C. Foury, 2003 : Histoire de légumes - Ed. Inra – pp 324-337 / G. Risser, 1997 : Histoire du fraisier cultivé - Inra mensuel - n°92 – pp 30 - 35

Au fil des époques

La fraise pousse à l’état sauvage dans de nombreuses régions du monde : Europe, Asie mais aussi tout le long de la côte américaine donnant sur l’Océan Pacifique, de l’Alaska au Chili.

Les romains savouraient les fraises des bois, Fragaria vesca, mais ne la cultivaient pas. Ils en appréciaient suffisamment la saveur subtile pour la dénommer « fragare » issu du latin « fragum » signifiant parfum.

En France, il apparaît d’après les livres de comptes, que ce serait au plus tard au début du XIV ème siècle que la fraise passe des bois aux jardins. Une des premières reproduction de fraises date de 1491, dans Hortus sanitatis. Même cultivée, la fraise présente les caractères de la fraise des bois mais les jardiniers n’auront de cesse de la faire grossir. Malgré une sélection ardue des jardiniers, les fraisiers européens ne donnent que des petits fruits.

Lorsque les européens découvrirent l’Amérique, ils vont immédiatement décrire la grosseur des fruits endogènes. Les premiers fraisiers furent probablement introduits par Jacques Cartier à la fin du XVI ème siècle.Les gens, passionnés de botanique, le détaillèrent et le nommèrent, fraisier de Virginie, Fragaria virginiana. La culture du fraisier commença à plus grande échelle, lorsque la fraise des bois fût améliorée par le fraisier de Virginie.

Au XVIII ème siècle, le Lieutenant Amédée François Frézier fût envoyé par Louis XIV le long de la côte ouest de l’Amérique du sud, étudier clandestinement les fortifications espagnoles et portugaises. Ce féru en botanique s’intéressa aux variétés locales de fraises cultivées près de Conception au Chili. A.F. Frézier écrivit dans son carnet de voyage « … ses fruits sont ordinairement gros comme une noix et quelques fois comme un oeuf de poule ; ils sont d’un rouge blanchâtre et un peu moins délicats de goût que nos fraises des bois… ».
En 1714, il ramena en Europe des plants de fraises du Chili, Fragaria Chiloensis.

C’est du croisement de ces deux espèces, Fragaria virginiana et Fragaria Chiloensis que proviennent les variétés actuelles, Fragaria Ananassa Duch. , appelée ainsi par le botaniste A.N. Duchesne en rapport avec l’arôme de ses fruits qui rappelle l’ananas.

Dans le Lot et Garonne

La fraise est cultivée dans le Lot-et-Garonne depuis au moins le XVème siècle. En effet, des “ carreaux de fraisiers ” sont implantés dans la commanderie de Temple de Breuil en Agenais (Temple/Lot), sous Louis XI et Charles VIII comme en atteste « Le livre de raison » de Bernard Gros, le commandeur.

Lorsque le 28 mai 1622, Louis XIII passe à Marmande il “ déjeune au jardin de Delage ”. Le journal de son médecin, Jean HEROARD, précise qu’on lui sert un souper à base de fraises. Le soir, à l’hostellerie des “ Trois Mores ”, son repas débute par des fraises au vin et au sucre puis finit par divers desserts dont une tourte à la crème et aux fraises.

La fraise est donc bien enracinée dans les jardins mais destinée à une consommation locale car les statistiques agricoles ne la prennent pas en compte.

Il faudra attendre la deuxième moitié du XIXème siècle pour retrouver sa trace. En 1865, M. Clément LAUZE, pépiniériste à Agen, peut écrire dans “ Le Cultivateur Agenais ” : « L’accroissement considérable que prend chaque jour la consommation de fraises nous fait croire que les lecteurs seront bien avisés d’avoir quelques renseignements sur la culture du fraisier qui a été jusqu’ici un peu négligée. Dans les cultures qui sont aux environs d’Agen on trouve deux variétés de fraises assez estimées : celle qui est cultivée le plus en grand est la fraise des bois perfectionnée dite fraise commune, on ne trouve que dans quelques rares exploitations la fraises des quatre saisons (Article « L’histoire de la fraise dans le Lot-et-Garonne » par A.Silvestro).

La fraise est donc déjà bien installée et elle va continuer à se développer. Pour répondre à l’intérêt des producteurs, plusieurs articles sur les techniques de cultures paraissent dans les journaux agricoles locaux. Cependant, d’après des articles de 1900, le développement tourne court. L’inadaptation de l’offre (les variétés produites ne sont pas celles que recherchaient le consommateur de l’époque) ainsi qu’un manque de main d’oeuvre à l’époque, font partie des facteurs de cette régression.

paysage lot et garonne
© CDT47

En agenais, la fraise s’est endormie pendant plusieurs années. Après la seconde guerre mondiale, la production reste longtemps discrète. D’après les statistiques agricoles de l’époque, elle est inférieure à 50 tonnes jusqu’en 1955 et dépasse 100 tonnes en 1960.

L’année 1969 marque un changement de rythme. La production est brusquement multipliée par 3. La fraise s’insère bien dans les zones du Lot-et-Garonne d’ordinaire consacrée depuis longtemps au maraîchage et à l’arboriculture. Les tonnages augmentent d’année en année et en 1983, le Lot-et-Garonne parvient à devancer la Dordogne et devient ainsi le premier département français producteur de fraise.

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LE SAVIEZ-VOUS ?

Selon les écrits d’Albert le Grand pour se promener tranquillement dans un endroit « à serpents », il faut se munir de feuilles de fraisier, « car aussitôt qu’un serpent sent ces feuilles, il prend la fuite.
Cela est si vrai que si l’on fait comme un cercle avec ces feuilles, et qu’ensuite on mette au milieu un serpent vif, il y demeurera sans se remuer, de même que s’il était mort : que si l’on fait du feu proche de ce cercle, et que l’on fasse une ouverture du même côté où sera ce feu allumé, ce serpent aimera mieux se jeter dans le feu que de rester au milieu de ces feuilles »

La tradition veut qu’une jeune fille qui
aime beaucoup manger des fraises
hérite d’un mari volage.

La fraise est vite devenue symbole de
plaisir d’amour. Au XVIIIe siècle, on nommait
« fraise » les tétons des femmes, ce
qui entraîna la locution  » aller aux fraises  »
comme synonyme de flirter.

En Pologne, le fraisier sauvage est un
porte-bonheur très prisé. « Il pousse,
dit-on, sur les pas d’un valeureux guerrier
ou d’une sainte femme »
En Norvège, il est conseillé aux
femmes enceintes de porter sur elles des
feuilles de fraisiers. Elles protègeront son
bébé et la soulageront des douleurs de
l’accouchement.

Amédée François Frézier :
son nom provenait déjà du fraisier, car en 916, un de ces ancêtres, Julius de Berry, avait été anobli à Anvers par l’Empereur pour un beau plat de fraise offert à la fin du banquet et son nom changé en fraise.
Au fil des années, le nom se transforma en Frazer, après émigration de la famille en Angleterre puis en Frézier, après son retour en France.